WildLifeTracking En France, entre 2001 et 2009, huit espèces animales prestigieuses
ont été équipées de balises Argos
Sédentaires ou grandes migratrices, toutes tentent de s'adapter aux pressions anthropiques et à la déstabilisation climatique. Voici leurs histoires...
Résumé de la problématique
Voici un résumé des résultats issus de la Thèse de Doctorat de Damien Chevallier, réalisée au sein du CNRS de Strasbourg et de l'IRD d'Orléans. Certains de ces résultats font actuellement
l'objet de publications scientifiques dans des revues internationales (voir article ci-dessous).
Le suivi satellitaire de 16 Cigognes noires sur plusieurs régions d’Afrique de l’Ouest a permi
le croisement des données des biotopes, relevées in situ, avec celles obtenues par l’utilisation du système Argos. Les études de terrain réalisées de 2003 à 2005 à Nazinga (Burkina
Faso) ont permis d’obtenir une multitude d’informations concernant l’écologie de cette espèce. Les résultats de cette étude confirment l’existence d’une route de migration commune à la majorité
des cigognes noires. Il semble exister des points de passage obligés ainsi que des régions évitées le long du tracé migratoire emprunté par l’ensemble des cigognes
noires.
Elles choisissent généralement un
itinéraire direct passant par ces points de passage, évitant ainsi les régions trop hostiles. Il existe toutefois des variations interindividuelles dans les itinéraires empruntés au cours de ces
migrations. Les différences saisonnières et régionales dans la vitesse de migration journalière sont probablement liées à une combinaison des différences dans la condition physique de l’oiseau,
au comportement de recherche de nourriture et à la présence d’ascendances thermiques. Les conditions météorologiques influencent les dates de départ, les distances parcourues quotidiennement, le
nombre de jours et l’intensité d’utilisation des haltes, la durée du voyage et peut-être le choix de l’itinéraire. Ces travaux montrent également l'importance des haltes migratoires en mettant en
évidence les sites préférentiellement utilisés. L’intensité d’utilisation de ces sites varie selon l’âge des individus. La détermination de la connectivité entre les sites de halte a mit en
exergue l’importance de chaque site au niveau international. Cette première approche permettra de mettre en place par la suite des plans de conservation pour les sites de haltes qui n’étaient
généralement pas connues jusqu’à présent.
Sur leur zone d’hivernage, les déplacements des cigognes noires sont dictés par l’évolution de la saison sèche influençant directement la présence des zones de gagnage (zones humides). Les
juvéniles semblent avoir un comportement assez différent des adultes, correspondant à une certaine inexpérience durant leur voyage migratoire et à des tendances exploratrices plus marquées. Nous
avons constaté que les cigognes noires choisissent leurs remises nocturnes en fonction de la proximité des zones de gagnage, mais aussi d’après les caractéristiques physiques des arbres. Elles
sélectionnent leurs proies (essentiellement des poissons) en fonction de l’espèce, de leur taille, de leur vitesse de déplacement mais aussi de leurs caractéristiques
morphologiques.
Il apparaît
clairement que la pression humaine a un impact négatif sur l’utilisation spatiale des habitats par les cigognes noires.Néanmoins, nous avons mis en évidence
l’existence d’un seuil de tolérance vis-à-vis de la pression humaine strictement lié à l’ouverture du milieu. Cette étude a aussi mis en exergue les menaces qui pèsent sur cette espèce et elle
soulève désormais beaucoup de questions sur sa vulnérabilité compte tenu de la disparition continuelle des habitats. Enfin, elle souligne notre manque d’informations sur la connaissance du
comportement de cette espèce dans la région sahélo soudanienne et la nécessité de continuer à développer des études plus approfondies sur son écologie. Gageons que ces nouvelles connaissances
nous permettront de fournir à cette espèce la protection appropriée qu’elle mérite non seulement en Europe, mais également dans ses zones d’hivernage et durant les migrations. Il est en effet
inutile de protéger les cigognes noires dans leur zone de reproduction en Europe si elles ne sont pas protégées sur leurs zones d’hivernage en Afrique.